26/12/2007

Pour un syndicalisme de la consommation

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Des groupements de plusieurs centaines de milliers de consommateurs soumettant leurs achats à des consignes collectives agiraient plus efficacement sur la superstructure étatico-économique que les millions d’électeurs dont les bulletins de vote se perdent depuis des décennies dans le tonneau des danaïdes de l’impuissance du système représentatif.

Lutte contre la hausse des prix de l’immobilier, contre les produits fabriqués dans les pays accueillants les entreprises délocalisées, contre les sociétés polluantes… le « chantage à l’achat » ou plutôt au « non achat » est un acte politique aussi concret qu’efficace.

« Nous refusons d’acheter tel produit au-delà de tel prix. », « Nous boycottons toute société ne répondant pas au cahier des charges éthique et social que nous avons fixé. »… Voilà quels pourraient être, parmi beaucoup d’autres, les mots d’ordre de ces grands rassemblements de consommateurs (structurés, organisés, informés, encadrés, hiérarchisés… de simples « appels au boycott » lancés à des populations non impliquées n’ont quasiment aucun impact réel…) qui serviraient les intérêts matériels de leurs membres tout en poursuivant des objectifs moraux et politiques clairs (lutte contre l’inflation, la spéculation, la délocalisation et les pratiques polluantes…).

Aucunement utopique car articulant justement les désirs individualisto-égoïstes propres à l’homme moderne (payer moins cher, consommer des produits sains, être protégé contre les abus des marchands... etc) et des aspirations collectives et communautaires qui l’élèvent, ce « syndicalisme de la consommation » pourrait être le mouvement de masse de demain, une sorte de « poujadisme » débarrassé de ses scories et dépassant le cadre trop étroit du corporatisme professionnel.

Comme il est aujourd’hui utopique de vouloir créer des structures spécifiques pour incarner ce projet, il convient d’investir le plus massivement possible celles déjà existantes afin de les orienter vers la défense et la promotion d’une économie localisée, éthique, limitée et identitaire qui dépasse de très loin les vieux clivages idéologiques.
 
Pierre Chatov (source : Zentropa